SUR LA ROUTE DES SAVONS D’ALEP

Article paru dans 7 à Poitiers le 08/02/2017

Prise entre deux feux pendant des mois, la capitale économique syrienne panse ses plaies. Le fondateur des Saveurs d’Alep, à Poitiers, raconte comment il est parvenu à renouer les liens avec son fournisseur de savons. Une cargaison vient d’arriver après un long périple.

Le 21 décembre dernier, un drôle de Père Noël est venu frapper à la porte d’Amir. Un transporteur a déchargé pas moins de quatorze palettes sous blister devant sa boutique, Les Saveurs d’Alep, à Poitiers. A l’intérieur, du houmous, du boulgour, des confitures, de l’huile d’olive et tout un tas de spécialités syro-libanaises. D’autres cartons contenaient des produits cosmétiques et les fameux savons d’Alep aux vertus bien connues. Trois ans que le commerçant n’avait pas pu approvisionner ses rayonnages à cause de la guerre en Syrie. «Le numéro de téléphone de mon fournisseur ne répondait plus. J’ai appris ensuite que sa savonnerie avait été détruite par une explosion», commente Amir.

Les contacts étaient rompus, jusqu’à la diffusion d’un reportage sur France 2. Mazen, héritier d’une longue lignée de fabricants de savons d’Alep, fait visiter aux journalistes français sa production artisanale, qu’il a relancée dans le sous-sol de sa maison. Amir le reconnaît immédiatement. Grâce à l’orthographe exacte de son nom, il le retrouve sur Facebook.

Les embûches de Daech

La tension permanente et les bombardements ont changé la manière de vivre de Mazen. Toujours est-il que des savons de qualité supérieure continuent de sortir de son atelier. Amir lui passe commande.

La route du savon est semée d’embûches. Direction le port de Lattaquié, au sud. « Quand une voie est coupée par Daech, une autre s’ouvre plus loin. C’est le jeu du chat et de la souris. » Départ de Syrie, le 12 novembre. Le container rejoint Alexandrie en Egypte, puis traverse la Méditerranée pour être débarqué à Fos-sur-Mer, le 6 décembre. Les ennuis ne font alors que commencer pour Amir : «Parfois, les douanes contrôlent les documents, d’autres fois les inspecteurs ouvrent les colis. Moi, j’ai eu les deux ! » Les marchandises provenant de Syrie sont soumises à un traitement plus strict. Au final, le trajet aura duré quarante-neuf jours…

La Syrie est actuellement sous le coup d’un embargo des pays occidentaux. La diplomatie est à l’arrêt et la situation au Moyen-Orient reste très tendue. La vie des Syriens a-t-elle des chances de se normaliser prochainement ? Amir l’espère en tout cas, lui dont l’une des sœurs vit encore sur place.

Retrouvez notre entretien avec Mazen Zanabili, savonnier à Alep :

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